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 Journal de Tanis Vadern ou ma vie à la légion. V

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MessageSujet: Journal de Tanis Vadern ou ma vie à la légion. V   Mer 17 Aoû - 18:53

Journal de Tanis Vadern ou ma vie à la légion.

Chapitre 5 : La punition


Une des caractéristiques principales et essentielle de la légion est sa discipline. Une discipline si dure que la qualifier de fer est un euphémisme ! Le moindre manquement pouvait donner lieu à une punition. Celles-ci étaient répertoriées en sept catégories à la discrétion du commandant. Cela allait du blâme et la corvée supplémentaire pour une faute légère, telle un oubli d’équipement ou un défaut répété dans l’accomplissement d’une manœuvre, à la faute impardonnable, telle lever la main sur un officier ou tuer, même involontairement, un camarade, qui conduisait, le coupable, à vie sur les bancs d’une trirème ou, le plus souvent dans le cas d’une rébellion, à l’exécution pure et simple, en place publique, par lapidation, décapitation, écartèlement ou autres joyeusetés du style, suivant l’humeur du général. Les vols et larcins divers, ainsi que les absences au poste ou les manifestations de peur face à l’ennemi, étaient catalogués dans les grosses fautes et donnaient droit à la bastonnade. Le refus ou le retard dans l’accomplissement d’un ordre donnaient droit à des coups de fouet dont le nombre variait suivant la fantaisie du gradé qui infligeait la punition : le poteau du champ rédempteur se couvrit vite d’une couche de sang coagulé. Le manque de respect envers le général ou le nom sacré de l’Empereur étaient considérés comme étant une faute grave et étaient punis, en plus de la bastonnade, d’un mois de cachot pendant lequel les prisonniers devaient disputer leurs repas à des mastiffs dotés de dents aussi longues et acérées qu’une dague. Autant dire que très peu y survivaient.

Il y avait à peine deux mois que j’étais arrivé au camp d’entraînement, lorsque je vis, et dus participer, à la première grande punition. Comme à l’accoutumée, les trompettes appelèrent au rassemblement qui se fit dans une parfaite cohésion. Une fois les rangs formés et le silence instauré, le commandant donna lecture des charges : Vol avec dégradations et résistance à la garde. Le coupable, un nordique de bonne taille, avait été arrêté, jugé et condamné à la bastonnade.
Un détachement de chaque légion fut désigné pour exécuter la sentence. En silence, ils constituèrent une double haie menant du podium du général à un terrain dégagé garni d’un poteau orné d’une bande blanche. Le couloir ainsi formé faisait un stade* soit un peu plus que quatre cent coudées, une pour chaque pièce d’or volée et cent coudées de plus équivalentes aux soins prodigués au garde blessé dans l’incident. Restaient ensuite les cinquante coudées du champ rédempteur : terrain que le condamné devait obligatoirement parcourir debout pour recouvrer son honneur.
Deux gardes amenèrent le prisonnier en face du « couloir de la honte ». Sans ménagement on lui ôta ses vêtements et on lui désigna le piquet paré d’une ceinture blanche. Son but était simple : s’emparer de la bande immaculée, peu importe comment. Son chemin passait obligatoirement entre les deux files composées de recrues et de légionnaires armés de triques, lanières et fouets avec lesquels ils étaient censés frapper le prisonnier. Une décurie d’archers était prête, le cas échéant, à fournir au condamné tout le courage nécessaire à s’engager dans l’épreuve, par l’envoi d’une volée de flèches qui pouvait se révéler mortelle. Son choix était limité. Son arrivée au champ mettait fin à la sanction et la saisie de la ceinture blanche réhabilitait le condamné. Malgré leur courage légendaire, le nordique hésitait à s’élancer. Une flèche près de son pied lui rappela sa seule alternative.
Le nordique se redressa, pris une inspiration, cambra son dos, murmura une incantation…. Ou était-ce une prière à ses dieux ? Serra les dents et s’élança. Les coups commencèrent à pleuvoir sur son dos qui se couvrit vite de nombreuses zébrures rouges qui virèrent presqu’aussitôt au violet puis au noir. Chaque coup reçu arrachait une grimace à l’homme qui ralentissait sensiblement son élan. Puis, sans transition, les zébrures éclatèrent les unes après les autres et des ruisselets de sang commencèrent à apparaître. Au milieu de l’épreuve, son dos n’était plus qu’une plaie violacée, boursouflée et sanguinolente. Je crus même voir des morceaux de chair s’envoler sous les coups. Le nordique, qui avait commencé son parcours à la course, poursuivait maintenant son calvaire en se traînant, un masque de douleur tordant son visage en un abominable rictus. Plus poussé par les coups qu’il recevait que par une volonté propre, il continuait à avancer, en titubant péniblement.
À cinquante coudées du champ rédempteur, il s’écroula et ne bougea plus. Les « justiciers » s’étaient immobilisés, anxieux, attendant un ordre. Un centurion s’avança, se pencha sur la carcasse ensanglantée. Se redressant, il fixa l’endroit où se tenait le général. Ce dernier fit un léger signe de la tête et immédiatement un guérisseur se hâta d’intervenir. Il fit boire une potion au malheureux, ce qui lui redonna quelques forces. Le nordique se releva laborieusement et reprit son chemin sous une volée de coups qui, malgré les apparences, n’étaient plus aussi vindicatifs que les premiers. Une traînée de sang suivait désormais les pas hésitants de ce colosse qui risquait à tout moment de s’effondrer. Malaisément il parcourut le reste de la double haie vengeresse. Il lui restait à franchir le champ rédempteur, debout et sans tomber, pour atteindre le poteau libérateur. La moindre chute le ramènerait, inévitablement, au début de son calvaire. Ce qui, dans son état, équivaudrait à une mise à mort. Les dernières coudées semblaient s’allonger à l’infini devant ce pauvre hère dégoulinant de sang.
De « justiciers », les légionnaires étaient passés à « sympathisants » et encourageaient, de leur mieux, le camarade déchu à terminer son épreuve debout. Au prix d’un effort surhumain, le colosse avançait, pouce par pouce, vers le but et je me surpris à prier Athéna de lui donner la force d’y arriver. D’autres faisaient de même. Chacun priant son dieu.
Titubant, plus mort que vif, le nordique s’arrêta à vingt coudées du piquet. Son corps était parcouru de spasmes et tremblait comme une feuille de chêne-liège. Un silence de mort se fit sur la lice. Tous les regards convergeaient vers ce seul point frémissant. Le temps s’était arrêté et toutes les respirations étaient suspendues dans l’expectative. Soudain, sortant des rangs, le centurion, qui était intervenu lors de la chute, marcha vers le supplicié et d’une voix forte et autoritaire lui dit :
« Légionnaire Debellair, avancez jusqu’à ce putain de poteau ! »
A cet ordre, le nordique se redressa, cracha un flot de sang, vibra sous l’effort et fit péniblement un pas. Le centurion scanda :
« Un.. »
La tension se relâcha un peu et, comme un seul homme, toute la formation entonna :
« …. Deux… Trois….. Quatre…... »
Rompant les rangs, insouciants des règlements, ils s’agglutinèrent autour du champ. Déterminés dans la punition, ils l’étaient encore plus dans la rédemption. Ils faisaient corps avec leur camarade. Tous scandaient les derniers pas du supplicié, comme pour le porter. Sur son estrade, je surpris le commandant faire de même.
« Dix-sept…. Dix-huit…... Dix-neuf…. »
À moins de cinq coudées du but, frissonnant, le condamné s’arrêta. Une quinte de toux le secoua et il vomit un flot de sang noirâtre. Le silence s’abattit sur le camp. À bout de force et de volonté, risquant le tout pour le tout, le nordique s’étendit, en tombant. L’assistance se pétrifia d’horreur. Sa chute sembla durer une éternité. Autour de moi ce n’étaient que regards incrédules, horrifiés, désespérés. Échouer si près du but ne pouvait être qu’une condamnation divine.
Était-ce par la volonté d’Athéna, ou par celle d’un autre dieu, la main du colosse accrocha au passage la ceinture blanche et la fit tomber. Les vivats de la troupe qui, libérée de la tension laissait exploser sa joie, firent trembler les tentes aux alentours. Les guérisseurs se précipitèrent immédiatement. Quelques secondes d’un silence anxieux et l’un d’eux se releva, annonçant qu’il était vivant et soignable au grand soulagement de tous et à la satisfaction du commandant qui arborait désormais un sourire radieux. Le légionnaire Debellair fut conduit, avec un maximum de précautions, sous la tente du culte impérial où il reçut immédiatement les soins adéquats.
Je me promis, ce jour-là, de ne jamais me mettre en pareille situation !

*Mesures romaines :
Le pied romain usuel amélioré égale 29,64 centimètres exactement.
Équivalences de mesures de longueur romaines en système métrique :
Unité romaine …… .... Nom latin..... Pieds …....Équivalence
un doigt …………….........digitus ….......1 / 16 …...18,525 mm
un pouce……………….......pollex….........1/12…...…24,55 mm
une paume…… …….......palmus ….......1 / 4 ……....7,41 cm
un pied ……… ……...........pes …….........1……...... 29,64 cm
une coudée ………….......cubitus …........1½……... 44,46 cm
un (simple) pas …….....gradus ….........2½ ……....0,741 m
un double pas ……….....passus ….........5 …….....…1,482 m
une perche…………...... pertica ….........10 ……......2,964 m
une longueur d'arpent.. actus…........ 120 ……....35,568 m
un stade ……….......……stadium…....... 625 ……....185,25 m
un mille ………........…milliarium .......5000 ……......1,482 km
une lieue…………......... leuga…… ......7500……...... 2,223 km

© Hami
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MessageSujet: Re: Journal de Tanis Vadern ou ma vie à la légion. V   Dim 4 Sep - 14:43

c'est quand meme bien barbare ces methodes la ...
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Journal de Tanis Vadern ou ma vie à la légion. V
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