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 Journal de Tanis Vadern ou ma vie à la légion. XII

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MessageSujet: Journal de Tanis Vadern ou ma vie à la légion. XII   Mer 31 Aoû - 16:08

Journal de Tanis Vadern ou ma vie à la légion.

Chapitre 12 : La mission : Alea jacta est


Le jour se leva sur une aube blafarde qu’un léger crachin, très inhabituel dans ces régions, rendait encore plus morose. J’enfilai machinalement mon armure et fait exceptionnel, saluai les lares en leur demandant de veiller sur moi et mes hommes. J’avais la désagréable sensation de vivre mes dernières heures. Bien que je sois en avance au point de ralliement, je trouvai déjà la troupe prête. En temps normal il fallait imposer la discipline car l’un ou l’autre avait toujours quelque chose à dire, à demander ou à faire savoir. Ce matin, ils sont là, composés en formation, silencieux, leurs visages aussi graves que s’ils assistaient à leurs propres funérailles. Sans un mot, je pris leur tête et les invitai à me suivre d’un geste de la main. L’atmosphère était si tendue que je pouvais sentir le poids de leur regard sur mon dos.
J’imaginais aisément le genre de supplices auxquels ils me vouaient. Près de la porte de droite, nous fûmes rejoints par le centurion et les optiones. Je reconnus avec joie Ping et Iorix. Le troisième, un grec d’après son aspect, me témoigna d’emblée son antipathie par un regard oblique. Mon jeune âge et mon grade devaient sans doute offusquer ses pupilles. Le centurion nous présenta et chacun prit sa place. Tout en poursuivant la route, Lucius Dalla m’expliqua que vu la récente implantation du camp, il ne pouvait distraire plus d’unités de leur affectation et souhaita qu’il plut aux dieux que cela soit suffisant. De fait, à la sortie du camp, nous attendaient une turmae de cavalerie numide, deux décuries d’archers gallois, une décurie de voltigeurs nordiques, une demi-phalange macédonienne et une chiourme de frondeurs crétois : en tout deux cent cinquante hommes parmi la crème des armées alliées. Deux centurions attendaient leurs ordres. Lucius sortit un foulard et le noua à la bride de ma cuirasse. Puis d’une voix forte :
- Cet homme est mon alter ego ! Vous obéirez à ses ordres comme s’ils étaient issus de ma personne !
En souhaitant que les dieux nous aident, il salua et rentra au camp.
Je vis du coin de l’œil, un sourire se dessiner sur le visage de mes hommes. Sauf pour Ardalés qui s’assombrit un peu plus.

Les centurions alliés, comme si cette procédure fut habituelle, demandèrent quelles étaient leurs consignes. Je n’en avais pas la moindre idée et m’en sortis d’une pirouette en leur disant de procéder comme d’accoutumée pour la protection d’un convoi. Sur ces entrefaites, le charroi marchand arriva. S’ils avaient voulu faire dans la discrétion, ils avaient raté leur but : tout n’était que miroitement et scintillement d’or. Sûr, qu’en plus des tribus cannibales, chaque bandit, malfrat ou coupe-gorge à mille lieues à la ronde excogitait un plan pour s’emparer de ces richesses. Devant mes inquiétudes, le plénipotentiaire me répondit que sa garde était là pour cela et que je n’avais à me soucier que de sa sécurité. Je comptai, à vue d’œil, au moins cent cinquante gardiens du lucre équipés de pied en cap pour faire face au pire.
À leur tête, un géant noir de près de sept pieds de haut, arborant avec désinvolture, deux haches de guerre dont une seule m’aurait demandé des efforts considérables rien que pour la lever. Leur chef bombait le torse avec fierté et ne savais pas comment lui dire qu’il devait se soumettre à mes ordres quand, Touros, l’un des centurions, le tança vertement en lui intimant l’ordre de montrer plus de respect pour le tenant lieu du Primipile. À ces mots, le colosse s’excusa, s’inclina et reprit sa place. Mes hommes, visiblement plus détendus, commentaient les événements comme s’ils assistaient à un spectacle. Je leur assignai leurs postes et le convoi se mit en route.
Dix devant, dix derrière et dix de chaque côté, les cavaliers entouraient la colonne à un stade de distance. Cela nous donnait le temps de nous mettre en position en cas d’alerte. Les archers se divisèrent en deux : une décurie à l’avant du convoi, l’autre à l’arrière. Les crétois s’étaient partagés entre les flancs du charroi en deux longues files, les macédoniens marchaient en tête, leur lances « en bretelle ». Un astucieux petit système fixé à leur ceinture les dispensait du poids de la lance tout en permettant une permutation rapide de vertical à position de combat. Les voltigeurs faisant comme une corolle ouverte à quinze toises en avant, je me sentais en sécurité ce qui me permit de concentrer mon attention sur le choix du parcours le moins exposé. Hormis le décurion commandant les numides, l’ensemble des gradés de premier rang était près de moi pour recevoir leurs ordres. Au dessus de tous, même des plumets, émergeait la tête du géant nubien. Les esclaves des comptes, selon un accord tacite, distribuaient, à intervalles réguliers, eau et nourriture à l’ensemble de la caravane. Je comptais sur les centurions, hommes d’expérience, pour décider les haltes.

La première journée de la mission allait s’achevant à ma grande satisfaction quand, surgissant de l’arrière du convoi, une quarantaine de préposés aux comptes partit en courant devant la caravane. À ma question, du haut de son baldaquin, le marchand répondit en s’éventant.
Touros me suggéra l’idée qu’il pourrait avoir un accident de chaise à porteurs s’il ne démontrait un peu plus d’humilité. La moue qu’il fit pour montrer le résultat de la culbute déclencha le rire de l’ensemble des commandants et lorsque le colosse maure apprécia la facétie, son rire homérique, se propageant comme un feu de prairie, contamina l’ensemble du convoi qui, libéré des hantises qui le tenaillaient, montrait ainsi son soulagement. Je me demande ce qu’on dû penser les cavaliers et les voltigeurs en nous voyant nous esclaffer ainsi.
Reprenant le sérieux dû à leur rang et à la situation, Touros et Leandros se concertaient pour le choix du campement du soir. Chacun faisant valoir ses arguments, ils étaient partagés entre l’abri d’un promontoire rocheux, pour Touros le cauteleux, et le blocage d’une des nombreuses passes qui se présentaient à nous, pour Leandros l’intrépide. Me faisant juge, ils me soumirent la question. Je temporisai ma réponse arguant ma méconnaissance des lieux. Ils convinrent d’arrêter la décision une fois la halte du soir commandée.
J’étais abasourdi par la facilité à laquelle les deux amis acceptaient leur soumission à mon autorité. À ma question ils répondirent que leur attitude était tout à fait conforme à la hiérarchie de l’armée. En premier lieu, j’étais le représentant du Primipile, le second du général et comme tel j’avais un grade qui leur était supérieur. Et en second lieu, n’ayant pas la charge de la mission, ils étaient tranquilles pour tout ce qui était conséquence directe du commandement. Et pour finir, mon attitude humble envers leur expérience démontrait qu’ils avaient à faire à quelqu’un en qui ils pouvaient avoir confiance. Cette dernière affirmation dû me faire, malgré moi, bomber le torse car Touros partit dans une de ses pantomimes à déclencher l’hilarité générale. Je trouvai ces deux amis fabuleux de prendre la vie avec autant de gaieté et d’insouciance. Ce à quoi Leandros répondit qu’avec ou sans austérité, le résultat d’une bataille était volonté des dieux et que faire la grimace le fatiguait. Ce qui donna lieu à une autre série de mimiques de son ami, bientôt reprises par mes hommes et de tête en tête, toute la caravane s’adonnait au mime. À les voir aussi joyeux, on aurait dit une troupe de théâtre en route pour un déjeuner sur l’herbe.

Bien qu’Apollon ait déployé toute sa splendeur, la petite pluie matinale, en détrempant nos armures, nous en avait quelque peu soustraits. Les chevaux de son char étaient fatigués, le soleil allait bientôt se coucher. Il me fallait choisir un endroit adapté pour le campement de la nuit. J’avais décidé de tenir compte du pour et du contre des propositions reçues tout en privilégiant les avantages de chaque conseil. Je m’apprêtai donc à donner mes ordres lorsqu’un chorus de trompettes résonna. Quel insondable crétin pouvait avoir donné cet ordre imbécile ? Toute personne hostile à cinq lieues à la ronde savait maintenant où se trouvait le convoi ! Cherchant l’origine de tumulte, je croisai le regard réjoui de Lhotaz qui, de son éventail, montrait un point à l’horizon. En suivant la direction indiquée, je vis un drapeau vert : sans doute celui de la guilde du cèdre ! Décidément, cet épicier tenait à se faire remarquer ! Je vis, à l’expression des quelques yeux que je croisai, que je n’étais pas seul à souhaiter le voir sur un étal, une pomme dans la bouche et du persil dans le nez. Question diplomatie et discrétion, il y a avait du boulot pour combler les lacunes ! J’ordonnai, à contrecœur qu’on rejoigne le nouvelles coordonnées.
Cela faisait maintenant plusieurs heures qu’une colonne de sable, avançant à contrevent, nous suivait. Au mieux, un troupeau de buffles, au pire une troupe hostile, j’aspirai vivement d’être à l’abri des contreforts qu’on apercevait avant que la cause de ce nuage ne soit sur nous. À ma question muette, Leandros m’indiqua, la troupe, du menton. Les phalangistes avaient fait glisser leurs boucliers du dos sur leur bras et empoignaient la hampe de leur lance. En cas d’attaque, faisant basculer bouclier et lance, ils n’avaient qu’un geste à faire pour offrir un mur de piques à l’éventuel assaillant. Les archers portaient l’arc à la main, prêts à encocher un trait et à décocher une pluie de flèches sur tout adversaire approchant. Les frondeurs faisaient tournoyer leurs frondes, prêts à propulser une rafale de projectiles sur toute cible se présentant à eux. Les cavaliers et les voltigeurs s’étaient sensiblement regroupés afin de pouvoir mener une charge. La caravane, elle-même, s’était imperceptiblement allongée pour permettre le mouvement de chaque arme. Je notai que les décuries externes de mes hommes avaient positionné les boucliers vers l’extérieur et que les armes avaient été libérées : signe qu’ils étaient sur le qui-vive ! Si tous ces préparatifs étaient de nature à me rassurer, la dizaine de vautours, nous survolant, était, pour le moins, sujet d’inquiétude.
Quelques minutes plus tard, Touros indiquait un point vers l’avant du charroi et Leandros acquiesçait à la proposition. Je ne vis, quant à moi, qu’un promontoire rocheux de quelques toises de hauteur sur quelques perches de long. Trop petit et trop haut pour y établir un campement, trop bas, trop grand pour un poste de garde. Les deux amis semblaient déjà avoir concocté un plan de bataille. La phalange au centre, mes hommes et les voltigeurs d’un côté, les gardiens du lucre de l’autre, les frondeurs sur l’éperon, encadrés par les archers, afin d’avoir un champ de tir dégagé. Les chariots disposés le long de la crête empêchant tout attaquant de pouvoir mener une charge libre contre la position. Les cavaliers, à l’abri des regards, pouvant surgir de derrière les rochers pour culbuter le flanc d’un éventuel ennemi. Le reste de la caravane en retrait dans une des anfractuosité du contrefort pouvait, si nous étions défaits, soit s'y cacher, soit vendre chèrement leur peau. Restait à décider pour le campement déjà dressé. Quelques armures sur des piquets, deux ou trois chevaux dans le corral et quelques braséros allumés feraient illusion pour le rendre habité aux yeux d’un visiteur hostile. Alea jacta est : on n’aurait su faire mieux !


© Hami
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