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 Instants d'une vie : Un nouveau jour commence

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MessageSujet: Instants d'une vie : Un nouveau jour commence   Ven 7 Oct - 13:54

Instants d'une vie : Un nouveau jour commence

La télé, son coupé, sert à la fois de lumière d’ambiance baignant le salon d’une lueur spectrale et de catalyseur d’esprit vers lequel voyagent mes pensées encore en route vers un mystérieux but que la magie des mots fera formuler comme une poésie. À ce stade ce ne sont encore que des flashs. Des souvenirs qui se mélangent aux images de l’écran pour donner un sens universel à cette pensée qui fatigue à se préciser. J’aime cet instant de calme où, tout en étant conscient du réel, je m’évade dans ce monde imaginaire où tout est possible, où tout est réalisable.
Un léger déclic annonce la fin des ablutions. Tournant lentement sur ses gonds, la porte libère un flot de lumière qui traverse majestueusement le salon, passe indifférent devant moi et s’en va placarder sa silhouette sur le mur d’en face, juste entre le ménage du jour se chamaillant pour une broutille à la télé et le couple d’autrefois se disputant un bibelot sans valeur dans le tableau peint par un illustre inconnu. À gestes lents, mesurés, elle sort de la salle de bain, après avoir fini de prendre sa douche, enveloppée d’un court kimono rose que décore une grande gerbe de fleurs multicolores. Elle avance à l’instinct, la tête enveloppée dans un grand essuie-main dont elle se sert pour frotter énergiquement sa longue chevelure noire. La lumière vive de la salle de bain, contrastant avec la lumière tamisée du salon, la devine nue sous le fin tissu que l’humidité de la peau colle au galbe du corps. Le séchage vigoureux de sa coiffure imprime un frémissement de tout son corps. Ses seins lourds balancent et ses hanches généreuses frétillent lui donnant, avec sa démarche, l’air de danser. S’extirpant de la serviette, qu’elle jette négligemment sur le dossier d'une chaise, elle s’arrête à proximité du canapé. Ayant surpris mon regard, me fixe étonnée et m’interpelle en s’examinant :
- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? J’ai quelque chose de travers ?
- Non, rien, je te regarde.
- Tu ne m’as jamais vue en kimono ?
- Si … !
- Allez ! Pousse-toi ! Fais-moi de la place !
Fait-elle en m’indiquant d’une main la direction à suivre tandis que de l’autre elle s’empare d’un énorme coussin qu’elle lance sur le divan. Sans me prêter attention, elle se tourne vers la table proche et se met à ausculter son beauty-case. Dans les instants suivants toute une collection de sprays, de fioles et de flacons se déverse sur la table pour dégager la vue à sa recherche. Maugréant contre le manque de clarté, elle farfouille tout en déclinant mon offre de l’éclairer davantage. Quelques secondes plus tard, elle extrait une brosse à cheveux qu’elle exhibe comme un trophée :
- Ah, ha ! Ta-dam !!
Aussitôt, elle se dirige vers moi, me fait lever les bras, cale le coussin sur mes genoux et l’accoudoir, me donne la brosse et ordonne :
- Tu vas me peigner les cheveux ! Et fais-y gaffe ! Je suis sensible !
La seconde suivante elle est allongée, sur le ventre, dans le divan, la tête offerte à mes soins. La main armée de la télécommande, elle zappe frénétiquement à la recherche de son programme de musique préféré. Au passage, son installation m’a labouré les côtes de son coude. Ce dont, de prime abord, elle ne semble avoir cure. Un œil sur l’action de la zapette, elle m’enjoint de commencer l’ajustement capillaire car, précise-t-elle : Une fois secs, ses cheveux sont incontrôlables et il faut une tonne de laque pour les faire tenir en place. Et la laque les rend cassants… Et elle n’en prend pas soin pour les voir se casser … Et…bla bla... Cela fait déjà cinq minutes que j’ai décroché en mode veille….
Ayant trouvé son canal, elle met, pour une fois, le son en sourdine comme une petite musique d’ambiance et posant sa tête elle savoure ce rare moment de complicité que nous offre la famille partie fêter l’obscure réussite d’un nébuleux projet conduit par une société opaque au but sibyllin. Raison pour laquelle nous avions, elle et moi, diplomatiquement décliné l’invitation que le reste des membres du ménage s’était empressée d’accepter.
Je commence à démêler distraitement son exubérante crinière, faisant suivre la brosse d’une caresse de la main. Machinalement, mon regard suit le mouvement, poursuit sur la courbe de son dos, le creux de ses reins, le galbe de ses fesses, la forme de ses jambes.
- Aïe ! À quoi tu penses ? Vas-y doucement ! J’suis fragile ! Termine-t-elle dans un rire étouffé
- Pardon, j’étais distrait.
- Ben, celle-là on ne me l’avait pas encore faite ! Tu as une fille superbe, MOI, sur les genoux et tu es distrait !?! Et on peut savoir par quoi ? Les fesses de la chanteuse ? Les seins des choristes ? Les…
- Bin, par toi, justement !
- Mouais ! ??... Tu t’es bien rattrapé ! Mais maintenant fais attention à ce que tu fais ! S’agit de les peigner !! Pas de les arracher !

La lourde chaleur moite de ce soir de mois de Juillet m’a convaincu, afin d’avoir un soupçon de fraîcheur, d’ouvrir toutes les fenêtres et de virer mon tee-shirt. C’est ainsi que je peux sentir l’humidité et la chaleur de son corps à travers son kimono. Il émane d’elle un parfum plus capiteux qu’un whisky douze ans d’âge. Mélange de jasmin, de vanille, de cannelle et d’épices que j’aspire avec délice
- Ça va ?
- Oui, pourquoi ?
- Tu as une drôle de respiration !
- Sans doute la cigarette ! Cela fait un moment que je n’ai tiré une bouffée !
- Ben, ça ne te fait pas de mal de t’en passer d’une !
- Sans doute….
Sur ce, elle se réinstalle plus confortablement en me triturant, une fois de plus, les côtes :
- Parle-moi !
- Pardon ?
- Parle-moi ! Dis-moi quelque chose !
- Que veux-tu que je te dise ?
- J’sais pas moi ! Parle-moi de toi, de ton travail…… Ou, non ! Parle-moi de ta poésie ! Qu’est-ce qui t’inspire ?
Afin de me faire face, elle a accompli une demi-révolution. Demi parce qu’elle est passée du ventre au dos. Révolution parce que, dans le mouvement, outre me labourer consciencieusement tout le bas du ventre, tout un pan de son kimono a glissé, dévoilant jusqu’à hauteur de la taille, une longue superbe jambe.
- Ben, alors ? T’es devenu muet ? J’attends ! Ah, t’as plus de bagout quand c’est pour parler d’Elle que pour me faire la conversation !
- On s’était promis de ne plus en parler…..
- Oui, je sais ! Excuse-moi ! Je voulais pas te blesser en remuant cette histoire… Alors ? Ton inspiration ? Et continue de brosser mes cheveux ! J’adore comme tu le fais ! On dirait un massage relaxant. J’y passerai des heures !

S’est-elle rendu compte qu’elle est là, pratiquement nue sous mes yeux, ou feint-elle de ne pas le savoir ? Malgré moi, mon corps réagit et je prie que le coussin en amortisse l’effet. Elle a fermé les yeux et un petit sourire mutin se dessine sur ses lèvres. Elle apprécie le brossage ou la torture qu’elle m’inflige ? Je lui parle mécaniquement de la façon de composer un texte. Du choix d’un sujet selon l’humeur du moment ou selon les évènements vus, entendus ou lus. Des textes en réplique ou en complément à d’autres écrits. Du choix de la forme selon la source d’inspiration et tout un discours sur la concordance des sons, du sens et de la conduite du sujet. Le soliloque a au moins l’avantage de dévier mes pensées vers un autre horizon. Je la croyais distraite mais, tout en gardant les yeux clos, elle relève des points, demande des précisions.

Mes yeux suivent un mouvement pendulaire allant de l’observation méticuleuse de ses formes, depuis son cou jusqu’aux orteils avec halte soutenue sur cette jambe magnifique luisant de ses restes d’humidité à la clarté que la lune dispute aux flux psychédélique du petit écran, à la contemplation admirative de son visage, avec un arrêt involontairement prolongé sur ses lèvres. Elles m’attirent comme un aimant et je sens ma volonté céder à l’envie de l’embrasser. Je ne dois pas ! Je suis certain qu’on perdrait cette complicité qui nous unit. Pourtant, malgré moi, je suis attiré vers elles. Insensiblement, je me penche……
Et, comme si elle avait anticipé le mouvement, elle se tourne sur le côté. Manifestement, elle s’est endormie. En même temps, l’impulsion ayant causé un ballottement de la poitrine, le haut du peignoir s’est ouvert exposant à ma vue la splendeur de son sein. J’en déglutis d’envie réprimée.
Je l’observe et imagine toute une série de scenarii plus délirants les uns que les autres. Ma tentation est à son comble et j’ai un mal fou à me contrôler. J’en suis tellement inhibé que j’en oublie de continuer à lui brosser les cheveux. Je dois avoir l’air d’un chien affamé devant un gigot d’agneau. J’ai beau me raisonner, je ne parviens pas à arrêter le tremblement qui s’est emparé de mes jambes.
Bon sang qu’elle est belle ! J’ai l’impression de la voir ainsi pour la première fois. Pourtant, elle en montre moins que lorsqu’on jouait sur la plage. Mais là, dans cette lumière indécise, elle m’a l’air d’un ange endormi.

- Ben ? Tu t’es arrêté ! Tu es fatigué ?
Sa voix me surprend et curieusement, m’aide à me reprendre :
- Non, c’est juste que ce côté a eu plus que son compte de brossage. Je voudrais pas abîmer tes cheveux ! Répondis-je avec un sourire forcé.
Je n’avais pas fini ma phrase que, me broyant une nouvelle fois les côtes, elle se retournait pour me faire face. Enfin, face, si on veut car en réalité elle enfuit son visage contre mon ventre.
- Tu pouvais mal de me dire que mon peignoir s’était ouvert. Hein ? Vicieux ! fit-elle en me lançant une œillade en coin.
Je sentis mon visage s’empourprer et le pavillon de mes oreilles devenir brûlant. Pourvu que la semi-obscurité masque mon émotion.
- Hum, tu sens bon !
Accompagnant la remarque, elle me donna un bisou sur le ventre :
- Ça c’est pour ta patience avec mes cheveux.
Immédiatement suivi d’une série de violents pincements qui remontaient du ventre à la poitrine :
- Et ça c’est pour t’être rincé la vue !
Me défendant contre cette tigresse dont chaque pincement me laissait une marque, je lui bloquai les poignets et après une courte lutte, l’obligeai à arrêter. Ce faisant nous nous retrouvâmes visage contre visage, les yeux dans les yeux, à quelques centimètres. Mon regard allait de ses yeux à ses lèvres et de ses lèvres à ses yeux.
Nous sommes restés ainsi un instant qui me parut une éternité. Puis, comme à regret, nous nous sommes reculés et elle s’est assise, muette, la tête baissée. Je la pris dans mes bras, elle posa sa tête sur mon épaule et pleura……Longtemps, silencieusement. Puis finit par s’endormir.
La bagarre avait complètement ouvert le peignoir et il ne cachait plus rien de la beauté de sa féminité épanouie. Pourtant, à cet instant précis, j’avais une pointe douloureuse au cœur et au ventre. Une douleur indicible, indéfinissable me tordait les entrailles. Je souffrais pour elle.

Depuis que son géniteur l’avait abandonnée, à l’âge de quatre ans, je m’en étais occupé comme un père, plus qu’un papa, un ami. Voici bientôt dix-huit ans, sans oublier les miens pour autant, je lui donnais plus. Lui accordais plus de temps, plus de patience, plus d’amour comme si, quelque part, je voulais expier la faute de cet enfoiré qui l’avait délaissée……. Comme si je voulais réparer l’erreur que mon propre géniteur avait commise………
Toutes les petites filles veulent épouser leur père mais elles changent d’avis en grandissant. Elle, elle détestait les hommes. Malgré son jeune âge, elle se rappelait parfaitement le jour où son père l’avait déposée tel un paquet encombrant sur notre trottoir en lui demandant d’être sage. Il avait prétexté une course à faire et promis de revenir vite. Elle ne devait plus jamais le revoir ! Elle avait vécu cette séparation comme une trahison, l’aveu explicite d’un rejet, la cause d’une faute dont elle était responsable tout en ne sachant pas quel tort elle ait pu engendrer. Et toutes ces questions sans réponses étaient un obstacle insurmontable pour les nombreux prétendants qui s’étaient présentés. Et voilà qu’il avait fallu qu’elle tombe amoureuse du seul homme que famille, entourage, société, morale et religion lui refuseraient
Pendant ce bref instant où nous avions failli basculer, tout un avenir était passé devant nos yeux. Et ce futur était noir, sombre et sinistre.
Je lui avais souvent parlé de la beauté de l’amour et du prince charmant. Et me voilà en charge de lui expliquer que, pour son propre bonheur, elle devait y renoncer. Maintenant que sa mère l’avait aussi abandonnée et qu’elle se retrouvait en charge de ses frères et sœurs, la cause aurait été vite entendue quant à excuser « la fugitive » de ses actes pour l’accabler, elle, de tous les maux de la terre.

Et me voilà avec un autre dilemme sur les bras…….. Et moi ?
Que suis-je encore ? Un père ? Un ami ? Un soupirant ? Un pervers ?
Le soleil frappe à la porte. Un nouveau jour commence……..


© Hami


Dernière édition par Vae-primat le Dim 9 Oct - 4:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Instants d'une vie : Un nouveau jour commence   Ven 7 Oct - 15:18

Vae-primat a écrit:
Instants d'une vie : Un nouveau jour commence

La télé, son coupé, sert à la fois de lumière d’ambiance baignant le salon d’une lueur spectrale et de catalyseur d’esprit vers lequel voyagent mes pensées encore en route vers un mystérieux but que la magie des mots fera formuler comme une poésie. À ce stade ce ne sont encore que des flashs. Des souvenirs qui se mélangent aux images de l’écran pour donner un sens universel à cette pensée qui fatigue à se préciser. J’aime cet instant de calme où, tout en étant conscient du réel, je m’évade dans ce monde imaginaire où tout est possible, où tout est réalisable.
Un léger déclic annonce la fin des ablutions. Tournant lentement sur ses gonds, la porte libère un flot de lumière qui traverse majestueusement le salon, passe indifférent devant moi et s’en va placarder sa silhouette sur le mur d’en face, juste entre le ménage du jour se chamaillant pour une broutille à la télé et le couple d’autrefois se disputant un bibelot sans valeur dans le tableau peint par un illustre inconnu. À gestes lents, mesurés, elle sort d’avoir pris sa douche, enveloppée d’un court kimono rose que décore une grande gerbe de fleurs multicolores. Elle avance à l’instinct, la tête enveloppée dans un grand essuie dont elle se sert pour essuyer énergiquement sa longue chevelure noire. La lumière vive de la salle de bain, contrastant avec la lumière tamisée du salon, la devine nue sous le fin tissu que l’humidité de la peau colle au galbe du corps. Le séchage vigoureux de sa coiffure imprime un frémissement de tout son corps. Ses seins lourds balancent et ses hanches généreuses frétillent lui donnant, avec sa démarche, l’air de danser. S’extirpant de l’essuie, qu’elle jette négligemment sur une chaise, elle s’arrête à proximité du canapé. Ayant surpris mon regard, me fixe étonnée et m’interpelle en s’examinant :
- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? J’ai quelque chose de travers ?
- Non, rien, je te regarde.
- Tu ne m’as jamais vue en kimono ?
- Si … !
- Allez ! Pousse-toi ! Fais-moi de la place !
Fait-elle en m’indiquant d’une main la direction à suivre tandis que de l’autre elle s’empare d’un énorme coussin qu’elle lance sur le divan. Sans me prêter attention, elle se tourne vers la table proche et se met à ausculter son beauty-case. Dans les instants suivants toute une collection de sprays, de fioles et de flacons se déverse sur la table pour dégager la vue à sa recherche. Maugréant contre le manque de clarté, elle farfouille tout en déclinant mon offre de l’éclairer davantage. Quelques secondes plus tard, elle extrait une brosse à cheveux qu’elle exhibe comme un trophée :
- Ah, ha ! Ta-dam !!
Aussitôt, elle se dirige vers moi, me fait lever les bras, cale le coussin sur mes genoux et l’accoudoir, me donne la brosse et ordonne :
- Tu vas me peigner les cheveux ! Et fais-y gaffe ! Je suis sensible !
La seconde suivante elle est allongée, sur le ventre, dans le divan, la tête offerte à mes soins. La main armée de la télécommande, elle zappe frénétiquement à la recherche de son programme de musique préféré. Au passage, son installation m’a labouré les côtes de son coude. Ce dont, de prime abord, elle ne semble avoir cure. Un œil sur l’action de la zapette, elle m’enjoint de commencer l’ajustement capillaire car, précise-t-elle : Une fois secs, ses cheveux sont incontrôlables et il faut une tonne de laque pour les faire tenir en place. Et la laque les rend cassants… Et elle n’en prend pas soin pour les voir se casser … Et…bla bla... Cela fait déjà cinq minutes que j’ai décroché en mode veille….
Ayant trouvé son canal, elle met, pour une fois, le son en sourdine comme une petite musique d’ambiance et posant sa tête elle savoure ce rare moment de complicité que nous offre la famille partie fêter l’obscure réussite d’un nébuleux projet conduit par une société opaque au but sibyllin. Raison pour laquelle nous avions, elle et moi, diplomatiquement décliné l’invitation que le reste des membres du ménage s’était empressée d’accepter.
Je commence à la brosser distraitement faisant suivre la brosse d’une caresse de la main. Machinalement, mon regard suit le mouvement, poursuit sur la courbe de son dos, le creux de ses reins, le galbe de ses fesses, la forme de ses jambes.
- Aïe ! À quoi tu penses ? Vas-y doucement ! J’suis fragile ! Termine-t-elle dans un rire étouffé
- Pardon, j’étais distrait.
- Ben, celle-là on ne me l’avait pas encore faite ! Tu as une fille superbe, MOI, sur les genoux et tu es distrait !?! Et on peut savoir par quoi ? Les fesses de la chanteuse ? Les seins des choristes ? Les…
- Bin, par toi, justement !
- Mouais ! ??... Tu t’es bien rattrapé ! Mais maintenant fais attention à ce que tu fais ! S’agit de les peigner !! Pas de les arracher !

La lourde chaleur moite de ce soir de mois de Juillet m’a convaincu, afin d’avoir un soupçon de fraîcheur, d’ouvrir toutes les fenêtres et de virer mon tee-shirt. C’est ainsi que je peux sentir l’humidité et la chaleur de son corps à travers son kimono. Il émane d’elle un parfum plus capiteux qu’un whisky douze ans d’âge. Mélange de jasmin, de vanille, de cannelle et d’épices que j’aspire avec délice
- Ça va ?
- Oui, pourquoi ?
- Tu as une drôle de respiration !
- Sans doute la cigarette ! Cela fait un moment que je n’ai tiré une bouffée !
- Ben, ça ne te fait pas de mal de t’en passer d’une !
- Sans doute….
Sur ce, elle se réinstalle plus confortablement en me triturant, une fois de plus, les côtes :
- Parle-moi !
- Pardon ?
- Parle-moi ! Dis-moi quelque chose !
- Que veux-tu que je te dise ?
- J’sais pas moi ! Parle-moi de toi, de ton travail…… Ou, non ! Parle-moi de ta poésie ! Qu’est-ce qui t’inspire ?
Afin de me faire face, elle a accompli une demi-révolution. Demi parce qu’elle est passée du ventre au dos. Révolution parce que, dans le mouvement, outre me labourer consciencieusement tout le bas du ventre, tout un pan de son kimono a glissé, dévoilant jusqu’à hauteur de la taille, une longue superbe jambe.
- Ben, alors ? T’es devenu muet ? J’attends ! Ah, t’as plus de bagout quand c’est pour parler d’Elle que pour me faire la conversation !
- On s’était promis de ne plus en parler…..
- Oui, je sais ! Excuse-moi ! Je voulais pas te blesser en remuant cette histoire… Alors ? Ton inspiration ? Et continue de brosser mes cheveux ! J’adore comme tu le fais ! On dirait un massage relaxant. J’y passerai des heures !

S’est-elle rendu compte qu’elle est là, pratiquement nue sous mes yeux, ou feint-elle de ne pas le savoir ? Malgré moi, mon corps réagit et je prie que le coussin en amortisse l’effet. Elle a fermé les yeux et un petit sourire mutin se dessine sur ses lèvres. Elle apprécie le brossage ou la torture qu’elle m’inflige ? Je lui parle mécaniquement de la façon de composer un texte. Du choix d’un sujet selon l’humeur du moment ou selon les évènements vus, entendus ou lus. Des textes en réplique ou en complément à d’autres écrits. Du choix de la forme selon la source d’inspiration et tout un discours sur la concordance des sons, du sens et de la conduite du sujet. Le soliloque a au moins l’avantage de dévier mes pensées vers un autre horizon. Je la croyais distraite mais, tout en gardant les yeux clos, elle relève des points, demande des précisions.

Mes yeux suivent un mouvement pendulaire allant de l’observation méticuleuse de ses formes, depuis son cou jusqu’aux orteils avec halte soutenue sur cette jambe magnifique luisant de ses restes d’humidité à la clarté que la lune dispute aux flux psychédélique du petit écran, à la contemplation admirative de son visage, avec un arrêt involontairement prolongé sur ses lèvres. Elles m’attirent comme un aimant et je sens ma volonté céder à l’envie de l’embrasser. Je ne dois pas ! Je suis certain qu’on perdrait cette complicité qui nous unit. Pourtant, malgré moi, je suis attiré vers elles. Insensiblement, je me penche……
Et, comme si elle avait anticipé le mouvement, elle se tourne sur le côté. Manifestement, elle s’est endormie. En même temps, l’impulsion ayant causé un ballottement de la poitrine, le haut du peignoir s’est ouvert exposant à ma vue la splendeur de son sein. J’en déglutis d’envie réprimée.
Je l’observe et imagine toute une série de scenarii plus délirants les uns que les autres. Mon tentation est à son comble et j’ai un mal fou à me contrôler. J’en suis tellement inhibé que j’en oublie de continuer à lui brosser les cheveux. Je dois avoir l’air d’un chien affamé devant un gigot d’agneau. J’ai beau me raisonner, je ne parviens pas à arrêter le tremblement qui s’est emparé de mes jambes.
Bon sang qu’elle est belle ! J’ai l’impression de la voir ainsi pour la première fois. Pourtant, elle en montre moins que lorsqu’on jouait sur la plage. Mais là, dans cette lumière indécise, elle m’a l’air d’un ange endormi.

- Ben ? Tu t’es arrêté ! Tu es fatigué ?
Sa voix me surprend et curieusement, m’aide à me reprendre :
- Non, c’est juste que ce côté a eu plus que son compte de brossage. Je voudrais pas abîmer tes cheveux ! Répondis-je avec un sourire forcé.
Je n’avais pas fini ma phrase que, me broyant une nouvelle fois les côtes, elle se retournait pour me faire face. Enfin, face, si on veut car en réalité elle enfuit son visage contre mon ventre.
- Tu pouvais mal de me dire que mon peignoir s’était ouvert. Hein ? Vicieux ! fit-elle en me lançant une œillade en coin.
Je sentis mon visage s’empourprer et le pavillon de mes oreilles devenir brûlant. Pourvu que la semi-obscurité masque mon émotion.
- Hum, tu sens bon !
Accompagnant la remarque, elle me donna un bisou sur le ventre :
- Ça c’est pour ta patience avec mes cheveux.
Immédiatement suivi d’une série de violents pincements qui remontaient du ventre à la poitrine :
- Et ça c’est pour t’être rincé la vue !
Me défendant contre cette tigresse dont chaque pincement me laissait une marque, je lui bloquai les poignets et après une courte lutte, l’obligeai à arrêter. Ce faisant nous nous retrouvâmes visage contre visage, les yeux dans les yeux, à quelques centimètres. Mon regard allait de ses yeux à ses lèvres et de ses lèvres à ses yeux.
Nous sommes restés ainsi un instant qui me parut une éternité. Puis, comme à regret, nous nous sommes reculés et elle s’est assise, muette, la tête baissée. Je la pris dans mes bras, elle posa sa tête sur mon épaule et pleura……Longtemps, silencieusement. Puis finit par s’endormir.
La bagarre avait complètement ouvert le peignoir et il ne cachait plus rien de la beauté de sa féminité épanouie. Pourtant, à cet instant précis, j’avais une pointe douloureuse au cœur et au ventre. Une douleur indicible, indéfinissable me tordait les entrailles. Je souffrais pour elle.

Depuis que son géniteur l’avait abandonnée, à l’âge de quatre ans, je m’en étais occupé comme un père, plus qu’un papa, un ami. Voici bientôt dix-huit ans, sans oublier les miens pour autant, je lui donnais plus. Lui accordais plus de temps, plus de patience, plus d’amour comme si, quelque part, je voulais expier la faute de cet enfoiré qui l’avait délaissée……. Comme si je voulais réparer l’erreur que mon propre géniteur avait commise………
Toutes les petites filles veulent épouser leur père mais elles changent d’avis en grandissant. Elle, elle détestait les hommes. Malgré son jeune âge, elle se rappelait parfaitement le jour où son père l’avait déposée tel un paquet encombrant sur notre trottoir en lui demandant d’être sage. Il avait prétexté une course à faire et promis de revenir vite. Elle ne devait plus jamais le revoir ! Elle avait vécu cette séparation comme une trahison, l’aveu explicite d’un rejet, la cause d’une faute dont elle était responsable tout en ne sachant pas quel tort elle ait pu engendrer. Et toutes ces questions sans réponses étaient un obstacle insurmontable pour les nombreux prétendants qui s’étaient présentés. Et voilà qu’il avait fallu qu’elle tombe amoureuse du seul homme que famille, entourage, société, morale et religion lui refuseraient
Pendant ce bref instant où nous avions failli basculer, tout un avenir était passé devant nos yeux. Et ce futur était noir, sombre et sinistre.
Je lui avais souvent parlé de la beauté de l’amour et du prince charmant. Et me voilà en charge de lui expliquer que, pour son propre bonheur, elle devait y renoncer. Maintenant que sa mère l’avait aussi abandonnée et qu’elle se retrouvait en charge de ses frères et sœurs, la cause aurait été vite entendue quant à excuser « la fugitive » de ses actes pour l’accabler de tous les maux, elle.

Et me voilà avec un autre dilemme sur les bras…….. Et moi ?
Que suis-je encore ? Un père ? Un ami ? Un soupirant ? Un pervers ?
Le soleil frappe à la porte. Un nouveau jour commence……..


© Hami

tu es le réconfort,la douceur dont elle a besoin sans qu'elle puisse penser autrement,mais avec tes yeux d'homme tu es la a la contempler belle, merveilleuse et pour toi cette belle eve dont tu prendras soin.... même si tu t interdit d’être attiré et qu'il ne faut surtout pas gâcher cette amitié affection et voire plus pour toi; mais pas elle
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