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 Instants d'une vie : 25 Décembre 1982 : net et sans bavure !

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MessageSujet: Instants d'une vie : 25 Décembre 1982 : net et sans bavure !   Sam 25 Fév - 12:07

Instants d'une vie : 25 Décembre 1982 : net et sans bavure !

Alors que tous se calfeutraient chez eux pour fêter la nativité, j’étais commis de garde, sous la neige tombante, en haut d’un building délabré, en compagnie d’Yvan. Comme beaucoup, pour sauver ma peau, j’étais devenu un "zamje" : un auxiliaire remplaçable. C’est dire que ma vie restait suspendue au fil de l’humeur de n’importe quel milicien. Mon rôle dans ce tour de garde ? Aller chercher, sur les victimes d’Yvan, et sous la riposte éventuelle, la preuve de son adresse : papiers ou trophée, selon les vœux du sniper.
Derrière sa lunette de visée, Yvan se prenait pour Dieu. Il faisait courir sa mire d’une personne à l’autre :
- Pan ! T’es mort ! disait-il en souriant.
En visant un autre :
- Toi, tu as une croix. Tu vivras ! Un turban noir ? Pan, t’es mort !
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Acquisition de cible ! Répondit Yvan.
- Ça ne te fait rien de tuer des types au hasard ?
- Pour qui tu me prends ? Je ne suis pas un tueur ! Je suis un exécuteur !
- ???... Un exécuteur ? ??? et tu peux me dire qu’elle est la différence avec un tueur ?
- Je ne choisis pas mes cibles ! Je ne tue que ceux que Dieu m’indique !
Je faillis m’étrangler avec le café que je sirotais pour me réchauffer :
- Dieu ??? Dieu te dit qui tu dois tuer ? C’est pas plutôt Radez qui t’indique tes cibles ?
- Non, fit Yvan en posant son fusil et en s’asseyant.
- Regarde ! Combien de fois a chanté le coq ce matin ?
- Le coq ??? Quatre fois, je crois…….. Avant que Mirko ne le dégomme !
- Bien, quatre ! Fit Ivan en feuilletant l'Organe du Parti qu’il venait d’extraire de sa poche arrière. Quatre ! Une, deux, trois, quatre ! Alors à la quatrième page du journal d’aujourd’hui, on a………. Voilà ! Ça c’est le signe ! Dit-il en me montrant la feuille.
- Le signe ??? Quel signe ?? Je vois rien !!
- Mais si ! Regarde ! Là ! Insista-t-il en pointant son doigt sur une photo
- Rodela, les bottines pour aller plus loin ??? Dieu fait de la pub, maintenant ???
- Que t’es bête ! Le coq a chanté quatre fois ! À la quatrième page du journal, la quatrième image montre des bottines ! C’est clair ! Aujourd’hui, tous ceux qui porteront des bottines seront abattus !!
Je regardai le journal et un sourire se dessina sur mes lèvres
- Qu’est-ce qui te fait rire ?
- Je me disais que si le coq avait chanté six fois, d’après ton raisonnement, aujourd’hui tu aurais dû abattre tous ceux qui porteraient une batterie de casseroles
- Tu vois ? Je te l’ai dit : C’est la volonté de Dieu !
Je considérais ce jeune homme, guère plus vieux que moi, avec une certaine perplexité. Pour éviter d’avoir à se confronter avec sa conscience, il était arrivé à se convaincre que Dieu lui montrait qui devait vivre ou mourir. Ainsi, aujourd’hui, tous ceux qui…..
- Et si c’est un des nôtres qui passe avec des bottes ?? Tous les militaires en portent !
- C’est que Dieu l’aura voulu !!
- Nom de….
Je sautai aussitôt sur le poste…
- Allo ? ?ALLO ?? Ici nid de poule, appelle poulailler ! Allo ? Poulailler répondez !!!
- Ici, poulailler ! Qu’y a-t-il nid de poule ?
- Prévenez tous nos hommes et femmes de ne pas mettre de bottes aujourd’hui !!
- Qu’est-ce que c’est que cette plaisanterie ?? Dis donc, Piotr, tu ne serais pas resté trop longtemps au soleil ?
- (Au soleil, avec le temps qu’il fait…)Non, je t’assure que c’est sérieux ! Le tireur a reçu la consigne de Dieu d’abattre tous ceux qui porteront des bottines aujourd’hui !
- La consigne de Dieu ?? Je te rappelle que boire sur la ligne de front est passible de la cour martiale !
- Mais nom d’une pipe ! Je n’ai rien bu ! Je te dis que le tireur est persuadé que Dieu lui a envoyé un signe : Tuer toute personne portant des bottes !!
- Le commutateur, resté ouvert, rapporta -
- À la voix, on ne le dirait pas soûl… (op.1)
- Non, je dirais plutôt qu’il panique… (op. 2)
- Moi, je me méfie ! C’est un "zamje" ! On ne devrait pas mettre ce genre d’individu en première ligne……. (op.3)
- Allons, c’est un "zamje" mais il est sûr….. Il a bien trop la trouille de se faire buter par l’un des nôtres (op.2)
- Admettons, tu as une explication pour ce qu’il radote?.. (op.3)
- Allo ? Est-ce que quelqu’un m’écoute ??
- Quelqu’un a compris quelque chose à son histoire ? (op.1)
- QU’EST-CE QUI SE PASSE ICI ?
Celui qui vient d’hurler est le commandant de district Radez. Un homme intraitable, impitoyable. Pour lui, il n’y a ni paix, ni accord possibles avec les musulmans. C’est de la racaille qu’il faut exterminer. De la vermine dont il faut se débarrasser. J’étais persuadé que, sans Radez, pour la mener et l’alimenter en haine, toute cette tuerie inutile s’arrêterait. …Mais personne n’osait s’opposer au secrétaire général du Parti…
- C’est l’avant-poste sur l'Avenue de la Libérté qui signale que nos hommes ne doivent pas porter des bottes……
- QU’EST-CE QUE C’EST QUE CES FOUTAISES ??? Dites à l’avant-poste d’exécuter les ordres et de ne pas encombrer le téléphone ! On a des choses plus importantes à transmettre que parler chiffons.
- Mais, comm…
- Piotr Andreï Mikaelovitch vous avez reçu des consignes ! Exécutez-les ou c’est moi qui vous ferais exécuter !! Compris ? Libérez la ligne et ne nous contactez plus que pour prévenir de l’arrivée des tanks. Q.G. Over…… Voyons ce plan…. Envoyez une patrouille sur l’Avenue Lénine. Je ne voudrais pas me faire surprendre au Nord par un raid…… Dites à Vladimir de prendre position au Carrefour du Peuple …. Et qu’il y reste jusqu’à ce qu’on le relève !.. Prévenez la Première Compagnie de se tenir prête. Dés que je l’aurai rejointe, nous commencerons le nettoyage du quartier ! D’ici une semaine, nous aurons débarrassé la ville. Il n’en restera plus un seul de vivant de ces nuisibles !! UNE RACE, UNE FOI !!
- UN SEUL CŒUR, UN SEUL ESPRIT !!
- Messieurs……
- Commandant…
Les responsables se penchèrent sur le plan, considérant toutes les interactions possibles de l’opération en cours. Sur le toit de l’immeuble, tout en suivant des yeux le carrousel des flocons de neige, je grelottais et grommelais. Je venais de recevoir les ordres impérieux de Radez, en personne. Désobéir c’était se suicider. Et moi, je voulais vivre ! Survivre, pour voir la fin de cette guerre absurde. Pouvoir me marier avec Mariuska, la voisine. Avoir des enfants, un travail, une maison…. Une vie, quoi ! Le parti m’a promis qu’une fois cessées les hostilités, tous les combattants recevront une forte prime. Je ne comprends rien à ce conflit. Mais j’ai dû choisir. Et je n’ai pas eu trop le choix : tous ceux qui ne sont pas pour le Parti, sont contre le Parti. Alors j’ai pris les armes…Enfin, choisi mon camp, plus de force que de bon gré, sans trop savoir pourquoi…Si ce n’est que cela me permettait de manger et de rester en vie. Tout ce que je sais c’est qu’il fut question d’améliorer le sort du peuple. Lui offrir du travail et des perspectives d’avenir. Puis, un jour, sans explications, le Parti a décidé que les musulmans devaient quitter le pays. Qu’Il en allait de la pureté de la race, du confort de l’économie, d’un gain de compétitivité et autres billevesées. On m’a déjà répété plusieurs fois le crédo de la race pure. Magnifié la supériorité et la noblesse des origines. L’élégance du port, la force de l’esprit mais j’avais beau y consacrer des heures d’étude, je ne voyais pas ce que le fait d’être musulman nuisait à leur intégrité raciale.

Peu après le début du conflit, beaucoup de mes amis étaient partis en exil…Ou étaient tombés sous les balles de ces fascistes… Ou morts de faim et de froid dans leur fuite…Surtout après les raids des brigades spéciales : des vraies boucheries. C’est au cours de l’une d’entr’elles que ma ressemblance avec le fils perdu d'un de ces bourreaux, me donna l’opportunité de sauver ma peau en échange d’une conversion à ses dogmes. Déjà que j’y croyais pas des masses à ces fables… Je sautai sur l’occasion. Quelques heures plus tard, j’enterrais mes parents tombés sous les coups de mon "bienfaiteur". J’en avais vomi de honte et de dégoût. Je ne comprenais pas cette haine, cet acharnement. Je ne comprenais pas qu’on puisse se tirer dessus entre gens du même pays, entre voisins, entre amis. Beaucoup étaient restés préférant se battre que mourir de faim, d’épuisement et de mauvais traitements sur la route. Sans compter que les brigades spéciales sillonnaient encore le pays. J’avais entendu des rumeurs sur des massacres et des sévices mais le commandement assurait que c’était de l’intox musulmane : s’ils partaient, le Parti n’avait aucune raison de leur faire du mal. Ces gens-là on ne pouvait s’y fier… D’après les rapports, la guerre ne devrait plus…..

- KAPOW !! Et un de moins ! Lança Yvan joyeux.
Le coup de feu et l’exclamation me tirèrent de mes pensées et de mon engourdissement. Je passai la tête par-dessus le parapet et pris mes jumelles pour identifier la cible. Sur la chaussée, étendu dans une mare teignant la neige rouge sang, un homme d’une cinquantaine d’années, un mètre septante environ, maigre, en tenue militaire, bottes aux pieds…..
- T’as vu ? Commenta Ivan, net et sans bavure !! Rapporte-moi ses papiers et sa jolie casquette !! Allez, bouge avant qu’un vautour n’empoche la prime !!
Je descendis, au pas de course, sans me faire prier, les trois étages et déboulai, comme un roquet sur l’avenue. Le dos voûté, j’atteignis la victime et sans la regarder, lui fis les poches. Je sentais le regard d’Yvan me suivre à la lunette : pour rien au monde, il n’aurait voulu rater mon exécution par le camp adverse ! Sa haine était viscérale et il ne croyait pas aux adhérents par circonstance préférant les partisans, purs et durs, de la première heure.
J’aperçus, un peu plus loin, sur la chaussée, la casquette de l’homme. Je courus, toujours baissé et la ramassai. Sur le bandeau, un nom : Radez.
- Net et sans bavure ! La volonté de Dieu !
Je levai le trophée pour qu’Yvan puisse y lire l’inscription puis, lentement, m’attendant à ressentir la brûlure de la balle, je me débarrassai des insignes du Parti.
- Net et sans bavure….
Une décision venait de se formuler dans mon esprit : mieux vaut mourir debout que de vivre en rampant. Le dernier crime d’Yvan venait de confirmer que, même si j’avais perdu toute foi en Lui, quelque part une justice céleste œuvrait. Désormais, plus personne ne me dicterait la conduite à tenir…
Je restai là, debout, la casquette à bout de bras, un long moment. Puis, jetant portefeuille et couvre-chef, je pris la route de l’exil…

© Hami
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juliette04
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MessageSujet: Re: Instants d'une vie : 25 Décembre 1982 : net et sans bavure !   Lun 27 Fév - 11:16

J'ai beaucoup aimé !
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Instants d'une vie : 25 Décembre 1982 : net et sans bavure !
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