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 Instant de vie, de Mélanie Mok

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Messages : 44
Date d'inscription : 19/04/2011

MessageSujet: Instant de vie, de Mélanie Mok   Lun 9 Sep - 8:31

Jour 1




Il y en des petites, des grandes, des longues, des courtes, des vraiment minuscules, des imposantes, des impressionnantes, des passe-partout, des jeunes, des vieilles, des hautes, des basses, certaines bien cotées, d’autres moins. Il y a toutes sortes de modèles de toutes les marques. Avec deux, quatre, cinq, six, sept places et plus encore. Il y a aussi les autres transporteurs, de marchandises, de passagers, il y a même les trains de banlieues, les TGV...


Voilà une journée de plus qui s’achève après avoir vu défiler tout ce petit monde sous mes yeux, après avoir avalé bon nombre de kilomètres. Il est l’heure pour moi de m’arrêter même si mon disque confirme que j’aurais dû le faire depuis un bon moment. Mais ceux qui ont pondu cette nouvelle aberration ne pensent pas aux complications que cela représente pour nous autres chauffeurs. Bien loin de nous faciliter la vie, nous prenons le risque de continuer un peu plus à chaque fois. Les routes n’étant pas équipées pour nos arrêts intempestifs, nous sommes bien souvent obligés de continuer pour trouver un lieu plus sécurisé pour nous et pour les autres usagers de la route. 


Ouf, je suis enfin arrêté. Je grignote les quelques provisions restantes et je m’installe dans la couchette de ma cabine avec, comme maigre lot de consolation, les visages si familiers qui décorent le plafond de ma couchette.


Voilà, une nuit de plus à passer en solitaire sur le bord d’une route.


Jour 2


Une faible lumière transperce mes paupières. Sa douce chaleur me réchauffe et m’éveille tout en douceur. Le matin. Encore un matin. Pas d’odeur de café chaud pour venir chatouiller mes narines. Juste ce petit disque oranger qui brille, face à moi, au loin, tout au bout de la route. Comme un signe qu’il est temps de repartir, que la pause est terminée. Comme une promesse d’un jour meilleur. Je sors respirer l’air frais et humide du matin. J’entrouvre la porte avec prudence, pas de véhicules dans le rétroviseur, je descends les marches. Quelques arbres et arbustes sur le bas-côté. Parfait pour se soulager. Puis je prends brosse à dent, dentifrice, bouteille d’eau et commence mon rituel matinal et mes ablutions. La prochaine fois, j’essaierais de m’arrêter sur une aire de repos dès que je serais de nouveau sur l’autoroute. Je n’apprécie pas spécialement ces lieux et préfère ma tranquillité mais leur confort reste non négligeable. Je remonte dans ma cabine, me saisit de mon carnet de route, rebranche le GPS, voilà encore près de mille kilomètres de bitume à avaler, de lignes en pointillé qui me sautent au visage histoire de me narguer et montrer qu’elles sont toujours là. Il est l’heure de partir. Un dernier regard au disque qui jaunit doucement et commence sa lente ascension comme pour gommer du ciel toutes ces petites taches brillantes qu’il considère comme des imperfections du jour. Voilà bien mon seul compagnon qui m’encourage à le suivre, à lui courir après. Et après quoi me direz-vous ? Et bien une nouvelle pause plus ou moins longue, l’arrivée, le déchargement, le repos avant un nouveau départ et une nouvelle destination. Et peut-être alors après, un bref retour chez moi. 


Tiens, un lapin. Un peu plus loin les gendarmes... Pourvu qu’ils ne m’arrêtent pas. Non, ouf je suis passé. On continue. Je ralentis, un virage, ah revoilà l’autoroute. Direction le sud. Je passe le barrage, j’accélère. A l’horizon, maintenant, un beau soleil, les nuages ? Eux, ils s’enfuient derrière moi. C’est bon signe. A ma droite, une voiture qui accélère. C’est sûr elle va s’insérer devant moi. Je ralentis pour éviter une collision. Elles sont bien imprudentes toutes ces petites fourmis cachées dans leur petite boîte de conserve à roulettes. A ma gauche, c’est le défilé. Elles se suivent, se dépassent, se poussent, font des appels de phare, s’énervent même parfois mais elles avancent. Ce doit bien être la seule chose qui compte pour elles. Ah, un autre grand voyageur, un peu plus lent que moi, normal, il transporte des pauvres âmes vers une mort certaine avec pour seule destination un abattoir. Clignotant, coup d’œil au rétroviseur, je déboite, accélère et le dépasse pour finir par me ranger devant lui. Mais voilà j’ai réussi à froisser la susceptibilité d’une fourmi qui klaxonne furieusement : il a été obligé de ralentir pour me laisser passer. Pourtant il n’était même pas dans mon rétroviseur au moment de l’action. Et voilà que par un terrible coup du sort, une autre fourmi ose la dépasser roulant en trombe au volant d’un modèle plus récent et plus luxueux. La première fourmi froissée d’être ainsi malmenée entame une course poursuite. Non, non elle ne se laissera pas battre si facilement. La voilà qui talonne sa concurrente au risque de l’emboutir en cas de freinage brutal. Je regarde mon compteur, pas loin de la limite de vitesse. Ces deux-là vont bien trop vite. Mes yeux tombent sur l’heure. Déjà trois heures passées ! Promis je m’arrête pour ma pause café/pipi à la prochaine station. Les panneaux défilent, plus très loin. Les champs défilent à ma droite, de toutes les couleurs. Jaune colza, vert salade, jaune tournesol, encore jaune colza... Aaaaah du changement, un beau rouge coquelicot à perte de vue ! Voilà qui me plaît beaucoup plus. Le coquelicot, c’est la bouille toute ronde et rougette de ma dernière à sa naissance avec ses yeux bien noirs. Le coquelicot c’est la fleur préférée de ma femme. Le coquelicot c’est la consolation, le repos, la tranquillité. Le coquelicot c’est la crête du coq dans l’ancien français. Le coquelicot c’est Morphée qui s’amuse à nous endormir à coup de coquelicot le soir... Zut j’ai raté mon arrêt. Bon tant pis je continue. Le temps défile sans avoir de prise sur moi. Quand je repose les yeux sur mon compteur, voilà que deux autres heures se sont écoulées. Il est vraiment temps que je fasse une pause. Mon patron va être content, j’ai bien avancé ce matin. Un nouveau panneau annonce une station à moins de dix kilomètres. Je m’y arrête. Air frais ! Avec des effluves de blé coupé dans le vent. Je me dégourdis les jambes, me dirige vers la salle de repos. C’est bizarre comme le temps passe bien plus vite quand on se repose. Un café puis un second, un sandwich suivi d’un coca. Et puis un dernier café pour la route. Et c’est reparti. Les heures s’écoulent sans plus de distractions que celles de la matinée. Tiens le soleil commence à disparaître, il m’abandonne déjà ! J’allume mes phares. La nuit tombe peu à peu. Plus sombre à mesure que les minutes défilent. Station-service ou aire de repos ? Parfait, la suivante fait les deux. Je devrais arriver à trouver un coin tranquille. Je m’y arrête. Brin de toilette rapide, sommaire dîner à la cafétéria et je file tout au fond du parking PL. Il fait nuit mais les cigales chantent, je vais pouvoir m’endormir paisiblement. Bonne nuit.


Jour 3


Encore un jour. Normalement ce soir, arrivée à destination. Je passe la tête hors de ma couchette. Mon grand ami d’habitude si joyeux et chaleureux n’est pas au rendez-vous. C’est sûr, aujourd’hui sera une journée aussi mauvaise que le temps qui s’annonce. A-t-il senti venir l’orage en moi ? Ses sombres humeurs auraient-elles eu raison de cet ami pourtant si fidèle au point que sa peur l’oblige à se cacher à nos regards et qu’il entame sa ronde à l’abri du monde derrière cette couche de nébulosité ? Je me dépêche de me mettre en route. Premier arrêt pour me laver, faire ma quotidienne pause café/pipi. Je repars roulant à la limite de la vitesse autorisée, dépassant mes autres confrères, dépassant les fourmis les plus lentes. Mon humeur est à l’image de la tristesse de ses sommets enneigés dégoulinant d’humidité. Je passe donc le plus rapidement possible ses cols. La descente de l’autre côté est longue. Il faut faire preuve d’une grande prudence. Le chargement lourd m’entraîne vers l’avant. Je joue donc entre le frein moteur et la pédale de frein. Tout à coup le soleil nous frappe comme pour nous éblouir ! Te revoilà mon ami ! Maintenant je vois tournoyer les faucons. Là une formation d’hirondelle venue me saluer du haut de son courant d’air. Les vaches qui daignent jeter un œil à mon passage. Finalement cette journée n’est pas si mauvaise. D’autant que le plus dur est fait et que dans deux heures je serais à destination. Le vent semble m’accompagner dans ma course, il parvient même à me battre. Pour sûr, il est bien plus rapide et endurant. Me sachant bon perdant, il m’envoie les arômes des vergers alentours. Mais je suis exigeant et lui en réclame plus. Il m’envoie alors les fragrances des grands domaines viticoles qui bordent ma route. Je suis enivré par tous ces parfums. La bonne humeur est de retour. Comment passer le temps qu’il me reste ? Les informations à la radio ne font que rapporter jour après jour la décadence de notre monde. Il suffit. Je la coupe. Jouons un peu ensemble. Trouvons le plus de mots possible commençant par la lettre A. Pause réflexion. Abricot, hum cela fait bien longtemps que j’en ai mangé. Aristote, raté c’est un nom propre. « Aletant » ? Non, ce mot ne commence pas par un A mais par un H. Finalement je ne suis pas très inspiré par les A... J’en tiens un bon, anachronisme ! Amusons nous à en inventer ! « Caesar répondit à Cléopâtre à l’aide de son parchemin numérique... ». Tiens, je vois la sortie. Plus que quelques minutes de voyage. Ou presque. La police des autoroutes à la sortie. Je suis bon pour un contrôle et une amende pour non respect des temps de pause. Ils me font signe. Je me range sur le bas-côté. Je sors immédiatement les papiers, les devançant. Ils s’en saisissent. Me réclament mon disque et commencent à me sermonner. Bien sûr, que je connais les règles. Bien sûr que j’en comprends le sens. Oui bien sûr, c’est la faute du patron qui veut que je livre au plus vite. Ouf j’échappe de peu à l’amende. Ils ont été sympas cette fois-ci. Je reprends la route et finis les derniers kilomètres en sifflotant « Something » des Beatles : « don’t want to leave her now – you know i believe her now... ». Me voilà arrivé. Je salue tout le monde, passe me rafraîchir, et ouvre les portes du container pour laisser place au déchargement.


Fin du jour 3


Déchargement terminé. Je préviens mon patron qui me demande si je souhaite dormir sur place ou repartir immédiatement. Quelle question ! Je veux rentrer au plus vite bien sûr, ma femme a besoin de moi et je serais en repos pour cinq jours dès mon retour, alors autant faire le trajet du retour immédiatement. Je prends congé des copains de la plate-forme de distribution. Une poignée de main ferme et la promesse de se retrouver bientôt à la prochaine livraison. Promis, la prochaine fois je resterais sur place et passerais la soirée en leur compagnie. En attendant, je n’ai qu’une envie, repartir malgré la fatigue.


Il fait maintenant nuit, j’engloutis les kilomètres à la va-vite. Les virages du centre de la France n’ont maintenant plus de secrets pour moi. Je suis pressé d’en finir. Mais c’est sans compter sur ces fameux tunnels, sans compter sur ces soit-disant as du volant. En voilà un qui déboule sur ma droite, utilisant la BAU pour me dépasser sauvagement. Freinage brutal. Je le vois venir ce jeune fou. Ça va se terminer en queue de poisson, surtout avec le tunnel qui nous bondit dessus. Coup de volant. J’enfonce la pédale de frein. Un bruit énorme. 


Voilà une veuve et trois enfants sans père.


Mais mon travail n’aura pas été vain : vous retrouverez demain dans les rayons de vos supermarchés vos pots de Nutella si chers à vos papilles.

Vous qui avez su entendre mes pensées, merci de m’avoir accompagné tout au long de mon périple et de m’avoir si agréablement tenu compagnie.



Le trou noir.



source: http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/journal-de-bord-d-un-travailleur-voyageur


Dernière édition par Admin le Mar 1 Oct - 19:33, édité 3 fois
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cabotin
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MessageSujet: Re: Instant de vie, de Mélanie Mok   Lun 9 Sep - 8:38

on se laisse bercer par la narration, en somme un bon sujet de lecture? puis c'est la conclusion: surprise, on ne s'y attendait pas. du bon suspense 

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je passe
Invité



MessageSujet: Re: Instant de vie, de Mélanie Mok   Lun 9 Sep - 10:07

oui moi aussi je trouve la fin innatendue
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Janedeau
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MessageSujet: Re: Instant de vie, de Mélanie Mok   Lun 9 Sep - 18:29

J'ai été très surprise par la chute de ton histoire ! C'est super bien écrit. Ne serait-ce pas ce qu'on appelle: Nouvelle ?

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MessageSujet: Re: Instant de vie, de Mélanie Mok   

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Instant de vie, de Mélanie Mok
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