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 Un train pour le bonheur

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Katia
Plume d'or
Plume d'or
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Messages : 582
Date d'inscription : 13/05/2011

MessageSujet: Un train pour le bonheur   Ven 13 Sep - 20:11

« Le train en provenance de Lyon entrera en gare dans dix minutes. »
« Le train à destination d’Angoulême partira dans sept minutes. »
« Les passagers à destination de Reims sont priés de se rendre sur le quai numéro deux. »
« Votre attention s’il vous plait, le train en provenance de Lille aura vingt minutes de retard  suite à un incident technique survenu sur la ligne, indépendant de notre volonté. Veuillez nous en excuser. »

_ Et le train à destination du bonheur, il part quand le prochain m’sieurs dames ? J’ai raté le dernier, il m’a démarré sous le nez en me laissant seule sur le quai.
Les quais c’est toute ma vie. Il y a toujours un train qui part et qui m’oublie. Je suis née dans un train, vous me croyez pas pourtant c’est vrai, ma mère était tellement honteuse d’être enceinte qu’elle s’est tirée de chez elle sans rien dire à ses parents et m’a mise au monde dans les toilettes d’un train, et n’a jamais voulu me revoir.
A l’assistance, une famille m’a adoptée, y a fallu prendre le train, quitter mon Nancy où j’étais restée huit ans, pas folichonnes les balades en vieille ville sur les pavés mouillés et biscornus mais j’avais pas à me plaindre les sœurs faisaient ce qu’elles pouvaient pour nous rendre la vie supportable.
Z’étaient sympas mes parents adoptifs, pas riches mais avec un cœur gros comme ça. Le père était sur les voies tous les jours par tous les temps pour enlever les branches, réparer les rails. Le soir en rentrant il ronchonnait toujours contre ceux qui sagouillaient tout, et vandalisaient mais au fond il leur pardonnait « c’est des pauvres gosses que personne n’a pris en main » qu’il me disait.
La mère, elle, elle restait à la maison, elle était  « malade de la caisse » et c’est pour ça qu’ils n’avaient pas eu d’enfants et m’avait adoptée sinon elle serait morte en couche. Quand ça la prenait ses quintes de toux, même le chien se sauvait tellement ça faisait peur de l’entendre.
Il faisait bon chez eux, on s’aimait bien tous les trois, enfin tous les quatre avec le chien.
Mais un hiver où y a fait trop froid, je sais plus quand c’était exactement, tous les hivers sont pareils depuis pour moi gris, froids, sinistres, les quintes de toux de la mère ont redoublé, on a fait venir le docteur, c’était trop tard elle crachait  ses dernières forces avec son sang. Trois jours plus tard, c’était fini on appelait le croque-mort. On était que le père et moi à la cérémonie religieuse, avant de l’accompagner au cimetière.
Il s’en est pas remis le père, il disait plus rien mais je le voyais bien. Il s’est mis à picoler, tous les jours un peu plus pour oublier, noyer son chagrin. Il travaillait plus, restait des heures dans un coin sans bouger. Un matin quand je suis revenue des courses, il s’était pendu à la cuisine avec sa ceinture. J’ai pris le chien et je suis partie, à pieds le long des voies j’avais pas le sou mais je pouvais pas rester chez eux sans eux, j’étais trop triste.
« Hé m’sieurs dames écoutez-moi je vous prie, ça vous prendra pas longtemps. Laissez-moi l’illusion d’exister en vous parlant de ma vie. »
C’est en allant m’assoir dans une salle d’attente de gare que j’ai rencontré Ethan, il avait à peine dix-neuf ans et moi dix-sept je crois. Il s’était sauvé de chez lui pour s’engager contre l’avis de ses parents, avait obtenu une permission de quelques jours mais n’avait pas voulu retourner les voir. Trop de sentiments mélangés qu’il m’avait expliqué. On est resté deux jours ensemble à se bécoter, à se faire des tas de promesses puis il est parti. Son train a pris de la vitesse jusqu’à disparaitre à l’horizon me laissant à nouveau seule sur le quai, sur ce quai que vous foulez sans me voir. Je l’attends, il reviendra, tous les jours je l’attends.

« Le train en provenance de Paris entrera en gare dans cinq minutes, un quart d’heure d’arrêt. »

Ils me tiennent compagnie tous ces trains vous savez, quand je suis assise là à regarder défiler le vide de la vie sur les rails de l’indifférence de vous tous si pressés d’attraper un wagon, de trouver la bonne place.
Courez pas comme ça bonnes gens, ça sert à rien c’est la vie qui vous prend comme elle veut, quand elle veut à son rythme. Ca sert à rien de courir qu’à me donner mal au crâne et à user vos godasses. Z’en faites pas on se retrouvera tous sur le dernier quai, quand le dernier train nous aura emmenés à notre dernier voyage. Z’aurez plus besoin de courir, pas besoin de billets ce train-là est gratos pour tous.
Quand le temps se tire de trop et que je m’ennuie, vous voyez je dessine, je mets des couleurs sur les quais, ou je vous fais le portrait si vous voulez.
Les gamins adorent ça de se voir dans le ciment, ils me sourient, je les dégoute pas eux mais pour pas que ça dure ni que je les salisse vous vous dépêchez de me filer quelques piécettes, des fois que ça vous paye aussi la première classe pour le paradis.
De me mettre le nez dans les couleurs, ça me repose vous savez au moins je ne vois plus vos mines grises, grises comme la poussière qui recouvre les voies.
Il y a déjà un bout de temps un p’tit papy que j’avais aidé à porter sa valise m’avait dit « mon enfant le train du bonheur passera pour toi aussi, laisse ton cœur toujours ouvert, il est en toi, il faut juste le temps qu’il retrouve son chemin. »
Il était pas plus épais qu’un jambon beurre mais il avait un tel éclat de bonté dans les yeux que je l’ai cru, et que j’y crois encore même si les aiguillages de mon cœur sont rouillés il finira par retrouver son chemin et moi aussi alors je serai heureuse. Vous m’appellerez « Madame », vous souviendrez que j’ai un nom. Vous verrez même que j’existe, que je ne suis pas que cette fille sale qui vous dérange de trainer sa peau  sur les quais, de vous parler sans que vous l’écoutiez jamais.
« Le train à destination de Nice partira dans deux minutes. »
C’est trop tard m’sieur vous l’avez raté, vous êtes comme moi vous avez loupé le train vers le soleil vous n’avez plus qu’à attendre le prochain. Râlez pas vous aurez le prochain, demain sûrement ! Respirez ça vous changera, allez poser vos valises, je veux pas vous les bouffer vous savez, moi je veux juste dessiner, mettre des couleurs et oublier tout ce gris que vous tartinez tous sans fin sur ma vie.
Je veux du bleu comme le ciel, du blanc comme les cheveux du père, du vert comme les yeux de la mère, du jaune comme les blés d’été, de l’orange comme le soleil mais surtout du rouge comme les lèvres d’Ethan, plein de rouge pour sentir ses baisers, m’y rouler dans ce rouge à perdre le souffle pour qu’il m’embrasse encore, et encore, qu’il n’arrête plus jamais de m’embrasser.
Je veux rire, chanter, à couvrir les moteurs, à me casser la voix, à oublier le silence des absences. C’est trop long.
Je veux le prendre ce train du bonheur, mais pas le marche-pieds dans les dents non ça je connais j’ai déjà donné. Non, moi je veux le prendre comme une dame avec distinction en choisissant bien ma place, sans me précipiter.
Dormez m’sieur sur votre banc, je vais pas vous réveiller, je vois mon train arriver mais il n’a pas de tous ces tuttttttttttttt qui arrachent  les tympans. Je vous laisse mes bombes de peinture, des couleurs y en aura partout quand j’arriverai, mais si vous y pensez, vous pourriez dessiner mon portrait à côté de celui des gosses, ça serait chouette de laisser une empreinte de moi près d’eux pour qu’ils se rappellent de la paumée des quais quand ils grandiront.
La paumée des quais c’est comme ça qu’il m’a appelée Ethan quand il est parti, penché par la fenêtre de son wagon, il agitait son callot en me criant « A bientôt ma paumée, quitte pas le quai je vais revenir ma p’tite paumée des quais  et on se mariera quand je reviendrai. » J’ai agité les mains jusqu’à ce que son calot ne soit plus qu’un point de couleur sur l’horizon, ou une tache de soleil, mais je sais même pas s’il m’a entendu lui dire que je l’attendrais et que je l’aimais.
C’est pas grave tout ça, je m’en fous parce qu’il revient me chercher, je vais lui dire et lui redire encore et encore jusqu’à perdre mon souffle.
« Le train à destination du BONHEUR entrera en gare dans deux minutes. »
C’est mon train ça vous voyez m’sieurs dames, le train qu’on devrait tous prendre dans sa vie sans jamais le rater. Mais j’ai de la chance, il repasse rien que pour moi. Adieu m’sieurs dames il ne m’attendra pas deux ans alors faut que je me dépêche pour l’attraper. Je me sens si légère si vous saviez. Plus que quelques mètres à piétiner dans votre grisaille avant de monter à son bord, ça me fait tout drôle de le voir si près, juste de l’autre côté des voies, juste le long du quai d’en face.
Bien sûr je pourrais faire le tour comme vous tous d’un pas précipité mais j’aurais trop peur de perdre une seconde et de le rater encore une fois.
Voyez pour une fois je deviens comme vous tous une personne pressée qui court pour ne surtout pas être en retard.
Ethan, j’arrive mon amour. Papa, maman vous me manquiez tellement. Vous voyez  plus que quelques foulées sur les rails…

« Votre attention s’il vous plait, suite à un accident mortel survenu sur les voies, le train à destination de Clermont-Ferrand aura un minimum de quatre heures de retard avant de prendre le départ. Veuillez nous en excuser. Les usagers qui souhaiteraient embarquer dans un autre train peuvent se présenter directement sur le quai de leur choix, aucun frais supplémentaire de billet ne leur sera compté. Nous vous remercions de votre compréhension et vous prions de nous excuser pour ce désagrément. »


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vikthor
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MessageSujet: Re: Un train pour le bonheur   Ven 13 Sep - 21:19

très bien écrit du genre Michel Audiard et surtout la chute, quelle chute... tu as du talent pour les nouvelles... tu devrais en écrire plus, 


ps: je suis revenu lire une seconde fois:  j'adore!!!


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colombe-sylvie
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MessageSujet: Re: Un train pour le bonheur   Ven 13 Sep - 23:57

Triste, très triste ton histoire mais tu la racontes si bien que ça me donne l'impression d'avoir pris du plaisir au malheur d'autrui, ça me fait bizarre  

 

Merci Katia pour ton récit, remarquable, bravo flower 

 

Sylvie

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MessageSujet: Re: Un train pour le bonheur   Sam 14 Sep - 12:35

j'adhère moi aussi à cette reconnaissance: très beau texte, la fin est triste mais cependant c'est un grand plaisir de l'avoir découvert
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Sandy
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MessageSujet: Re: Un train pour le bonheur   Lun 16 Sep - 7:30

Je ne me lasserai jamais de le lire celui là.... je l'adore!!
gros bisous à toi
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Janedeau
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MessageSujet: Re: Un train pour le bonheur   Lun 16 Sep - 23:07

J'aime beaucoup, merci du partage
flower
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Katia
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MessageSujet: Re: Un train pour le bonheur   Mar 17 Sep - 21:03

VikThor, Sylvie, Admin, Sandy, Janedeau quel plaisir de vous retrouver et que vous ayez autant aimé ce récit, je l'avais écrit pour un concours, l'ai présenté mais j'ai perdu Smile
Bisous à vous, je viens vous lire.

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MessageSujet: Re: Un train pour le bonheur   

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Un train pour le bonheur
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